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Panier

Dans la vie de toutes les brasseries, comme dans toute entreprise ou la vie en général,  il y a des moments forts et des coups durs, des belles aventures et des galères, de grandes joies et parfois aussi des doutes. Il est difficile de traduire ou de communiquer sur  tous ces petits événements qui façonnent aussi nos produits, ces vicissitudes de la vie d’une entreprise qui font partie des ingrédients de nos bières et du “savoir gérer” des brasseurs. Car même si on en parle pas, des galères il y en a toujours et tous les jours !

Un chemin parfois semé d’embûches (retour d’une livraison dans les Bauges – Mai 2020)

Rare sont ceux qui parlent de leurs mésaventures. Difficile à faire passer en trois phrases sur les réseaux sociaux sans alerter les gens et susciter l’inquiétude. Les montagnes ça nous connaît et les montagnes russes émotionnelles sont à la hauteur de celles qui nous entourent. Mais ça va on les range souvent rapidement dans la case des anecdotes amusantes. Il faut être positif pour se lancer dans la production de bière et il faut toujours positiver pour avancer. Ce blog avait plus vocation à partager nos connaissances mais cela peut être aussi le bon endroit pour partager des tranches de nos vies de brasseurs. En voici une amusante !

Jeudi était une très bonne journée. Pour la première fois, l’enlèvement pour notre distributeur Guru Beer s’était parfaitement passée. Même si le chauffeur en reculant avait arraché l’enseigne de notre modeste boutique, rien d’irréparable. Et puis de toute façon il fallait la refaire car après des mois et des mois sans dialogue avec notre commune, le maire fraîchement élu, était venu nous annoncer en personne la validation officielle de notre boutique et sa volonté de tout faire pour nous aider et nous soutenir. De quoi avoir le sourire.

 

On ne manque pourtant pas d’air (brassin de l’Imperial Berliner – Mai 2020)

Une journée avec de bonnes nouvelles, où les affaires reprennent, de la place se libère pour pouvoir reprendre la production sans se faufiler entre les cartons, un artisan qui travaille chez le voisin qui passe à l’improviste pour parler de travaux d’aménagement, des perspectives d’un avenir plus confortable. Et pour couronner le tout,  des connaissances qui pointent amicalement  le bout de leur nez et quelques bouteilles en fin de journée. On peut enfin prendre un verre après des mois sans pouvoir inviter personne. Une belle journée qui complète un début de semaine de brassage et d’embouteillage qui se sont bien passés. Le bonheur ?

D’autant plus que nous avions enfin trouvé des fraises ! Faute de place, nous avons fait le choix, sur la deuxième période de confinement, de lancer des bières un peu plus longue à produire et, entre autre, un Imperial Berliner Fraises. Le producteur était trouvé à quelques kilomètres de chez nous et pour une fois les étiquettes étaient prêtes. Sauf qu’avec ce satané covid, les producteurs locaux avaient tout vendu et qu’on se retrouvait un peu con. Mais bon finalement grâce aux amis on avait trouvé et c’était parti pour un vendredi qui allait se compliquer.

On se sent souvent tout petit parmi les gros (Marché de gros – Corbas – Juin 2020)

Vendredi 7h, direction le marché de gros de Lyon. On fait parfois comme on peut. La route se passe plus simplement que les derniers mètres pour rentrer dans cette antre de la consommation pharaonique. La commande est là, devant nos yeux et on se rend compte que 120 kg de fraises ça fait beaucoup ! Ca fait d’autant plus que c’est en barquette de 250 gr et pour être précis ça fait 480 barquettes à trier, à équeuter et à couper. Il est temps de rentrer rapidos.

Le sourire du débutant

On attaque à 14h et 2 heures plus tard on se rend compte qu’on n’en a même pas fait ¼ ! On a les mains noires, des petites coupures, les grains de fraises qui commencent à rentrer sous les ongles et malheureusement aucune solution pour avancer plus vite. Je dis à Fanny “on va y passer la nuit” et je pensais pas si bien dire. On cale une livraison en urgence pour des assoiffés du week-end et à 17h on est reparti. On trie, on enlève les queues, on coupe les parties abîmées, et on divise en morceau. Et ainsi de suite jusqu’à ce que malheureusement ce n’est pas une fraise mais le doigt de Fanny qui y passe… ça saigne, beaucoup, ça tourne de l’oeil et là c’est plus trop la fête. Après la fracture du pied il y a quelques jours, le doigt en moins ça commence à faire !

Mais encore…

21h – 22h – 23h… les piles de cagettes sont toujours là, interminable et on en voit pas la fin. Surtout qu’avec la fatigue et les coupures ça avance moins vite. On a été trop gourmand, mais la fraise c’est quand même bon. A minuit, on finit enfin ! Tout est dans le fermenteur mais là aussi on a été trop gourmand et je dis à Fanny, pourvu que ça se bouche pas ! Encore une fois j’aurais mieux fait de me taire.

Aie aie aie !

Samedi matin 6h je suis tout de même inquiet et je fonce dans la brasserie (ça va c’est pas trop loin ) et là c’est le carnage, le barboteur s’est bouché, le joint du fermenteur a explosé et il y a un jet horizontal de liquide rose qui gicle à travers la brasserie, de la fraise de partout et 2 cm de bière au sol. La galère ne fait que commencer. Tant bien que mal, j’ouvre le fermenteur, je me prend des fraises plein la tête… Quand tu as ta 33cl qui se met à gusher dans ton salon, c’est déjà la catastrophe mais quand tu as 500 litres de bière à 3 bars de pression qui se met à jaillir du fermenteur, c’est l’apocalypse ! Ca tombe bien, on avait rien à faire ce samedi et on est pas fatigué 🙂

Heureusement que des clients sympa sont passés pour nous remonter un peu le moral. On en riait déjà mais ils ont dû nous trouver bien bavards avec de telles aventures à raconter. Il faut toujours voir le positif. Un jour Pierre Tilquin avait plaisanté de nous en disant qu’on faisait trop de trucs et qu’on devrait aussi faire de la confiture tant qu’on y était. C’est ce qu’on a fait avec les fraises qui se sont échappées. Je ne sais pas si la bière sera réussie avec tout ça mais la confiture est succulente ! 😀

 

La santé ! il la faut 🙂

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